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Course réalisée le 9 septembre 2006

 

Traversée de la Nadelgrat 

Nadelhorn 4327 m - Stecknadelhorn 4241 m - Hobärghorn 4219 m - Le Dirruhorn 4035 m

 

".. Avec la montagne, on se retrouve roseau, poussé à percer des trous aux bons endroits pour que le souffle de la vie passe et q'il en sorte la plus belle musique possible." Lionel Daudet


 

Voilà bien longtemps déjà que nous entendons parler de cette course ! .... Nadelgrat, quel drôle de nom. Que nous réserve cette signification ? Quelles difficultés allons nous trouver sur notre parcours ? Quelles sont les conditions en haute montagne après cette longue période quasi hivernale ?

Rapide coup d'oeil sur la carte n°284 T Zermatt - Saas Fee pour afficher les objectifs : ce sera 5 sommets de plus de 4000 m entre Lenzspitze et Dirruhorn. Je lance un coup de fil à Nico pour lui soumettre l'idée.

- "Allo Nico ? Voici le programme..... Si tu peux pas venir, j'y vais en solo"

- "Bon ok, alors dans ce cas là, je viens" .... Sacré Nico ! Toujours partant pour ce genre de promenade.

Derniers préparatifs 48 h avant le départ et dernier coup de téléphone au gardien de la Cabane Michabel qui nous confirme que la traversée n'est pas en très bonnes conditions et que le couloir entre Hobärghorn et Dirruhorn nous réserve certainement des surprises. Il parait même que l'intégralité de la course n'a été faite que trois fois cette année. Les nouvelles ne sont pas réjouissantes mais un créneau météo se dessine alors GO !

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Dans quelle aventure nous nous engageons ? Allons nous terminer la saison par une galère ? Peu importe, nous serons en montagne.

Nous voilà au pays des 4000 .... Bienvenue en Suisse !

Aujourd'hui c'est la fête au village de Saas Fee. Danses et chants traditionnels animent les rues de la station dans une ambiance conviviale. Pas le temps pour nous de jouir de ces festivités et plutôt que de boire un verre de Fendant*, nous préférons avaler nos 1000 m de dénivelé jusqu'au refuge.

* Vin du Valais 

 

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Nous arrivons à Mischabel-Hütte vers 18 h juste avant le dîner. Le patron des lieux apparaît de mauvais poil comme surpris de nous voir là malgré notre réservation. A nous de nous présenter plus tôt lors de notre prochaine visite.

Soirée presque ordinaire dans cette cabane perdue au milieu des Alpes. Vingt alpinistes dorment ici ce soir et nous sommes les seuls francophones, pas besoin d'aller bien loin pour ce sentir au bout du monde !

Blabla avec le gardien, mi ours - mi ange selon les heures et les humeurs puis séance photos devant les montagnes aux couleurs de l'agonie du jour avant un dernier pipi et une bonne nuit remplie de rêves encore une fois.

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Au petit matin tout le monde est sur le pied de guerre à 5 h. Rapidement le rocher laisse place au glacier et c'est au tour des crampons d'offrir leur habituel crissement dans la neige durcie par le froid de la nuit. Le tracé de l'itinéraire va nous mener droit sur le sommet du Nadelhorn et ses 4327 m point de départ de cette longue traversée que nous choisissons de faire à l'envers.

Après 2 h de marche nos sacs à dos perdent soudainement presque 4 kg. Nous venons de poser nos parapentes à l'abri d'un caillou. Dans  une dizaine d'heures, la boucle sera bouclée et nous descendrons à Saas Fee par la voie des airs. Le premier sommet est vite avalé et nous devons déjà faire la trace pour la suite de l'aventure. La pente est raide dans cette partie de montagne qu'il faut longer; des Italiens derrière nous font demi-tour devant la suite du parcours qui laisse septique. Nous gagnons une arête neigeuse, une pente et hop là .... le 2ème 4000 de la journée : le Stecknadelhorn (4241 m).

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L'histoire se poursuit ainsi ... nous regardons l'arête rocheuse qui mène au sommet suivant et un grand doute nous envahit. Au premier coup d'oeil nous pensons qu'il nous faudra des heures et des heures pour descendre cette ligne de crête désordonnée mais dès les premiers pas nous progressons rapidement et c'est finalement en 20 minutes que nous sommes au pied de l'Hobärghorn (4219 m) avant de le gravir.

Du haut de cette montagne, nous pouvons distinguer clairement le passage clé de la balade. Selon les informations du gardien, un éboulement a eu lieu dans l'été sur cette section entre l'Hobärghorn et le col en contrebas (le Dirrujoch). Après une rapide concertation entre compagnons de cordée, la décision est prise de continuer. Avec Nico nous ne supportons plus de laisser des 4000 "traîner" ainsi à droite à gauche. Depuis la Punta Giordanni et l'Isolée ça suffit, alors l'aventure doit continuer ! 

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Cette portion d'itinéraire sera l'une des plus délicates de toute la saison. Le terrain est miné, nous le savons et avançons avec précaution. Chaque mouvement ou chaque déplacement doit être calculé, étudié ou analysé afin d'éviter de tout faire tomber ....

 

Les pierres sous nos pieds semblent vouloir fuir vers l'abîme avant même de les toucher. Certaines, plus malines que les autres arrivent à s'échapper et à rebondir comme des ressorts dans ces immenses pentes sans fin.

 

Nous franchissons le lieu du dernier éboulement significatif qui doit dater de cet été. Un morceau de montagne a disparu et la blessure encore vive ne laisse pas de place au cheminement. Nous arrivons au col (Dirrujoch), fromage, chocolat et barres de céréales nous redonnent la force nécessaire pour la suite.

 

Nous laissons les sacs ici et l'aller-retour sur le dernier sommet sera rapide (1 h 10 je crois). Le Dirruhorn (4035 m) sera le dernier de la journée et le 22 ème "4000" de cette belle saison. L'ascension est un formidable mariage entre randonnée et escalade au milieu de paysages grandioses. Le point culminant marqué d'une croix nous offre un coup d'oeil d'exception sur l'ensemble de notre course.

 

 

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De retour au col nous retrouvons nos sacs et les choses sérieuses reprennent le dessus. Nous devons désormais emprunter le couloir sous le col pour rejoindre le glacier. C'est de ce couloir que nous parlait le gardien, le fameux couloir de toutes les surprises. Il nous faudra 2 h pour le descendre, une descente longue et pénible dans un fond de neige, une descente en marche arrière comme si on descendait d'une échelle .... sauf que cette échelle là fait 400 m !

Clou du spectacle .... sur les 20 derniers mètres la neige est remplacée par de la glace vive !! Une glace aussi béton qu'un mur où seul le bout de la pointe du crampon arrive à s'ancrer ... A ce moment là et après 10 h d'effort, ce genre de plaisanterie ne fait rire personne !!! La montagne présente des barrières, des passages "clé", des difficultés .... A nous de les affronter pour avoir la chance de vivres ces si beaux moments.

 

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C'est vers 17 h 30 que nous retrouvons nos petits bouts de tissus cachés le matin même au creux d'un pierrier. Nous sommes à 3850 m au Windjoch. Une désagréable brise glisse le long des pentes enneigées de l'Ulrichshorn. Désagréable dans le sens où elle nous glace le visage, mais aussi dans le sens où elle rend notre envol difficile.

Trois solutions s'offrent à nous. Il est déjà 18 h et la soupe au refuge est servie à 18 h 30.

Solution 1 : Tenter de décoller sans y arriver et devoir descendre à pied 2050 m jusqu'a Saas Fee puis rentrer à la maison, fatigués ...

Solution 2 : Tenter de décoller sans y arriver et descendre à pied 500 m de dénivelé jusqu'au refuge sans être sûr de pouvoir manger ...

Solution 3 : Réussir le décollage et se poser dans 20 mn dans la douceur de la vallée ....

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Nico étale sa voile délicatement afin qu'elle ne glisse pas trop dans la pente de neige. Un instant plus tard nous voilà au départ d'un sprint, au départ d'une course d'élan incroyable ... car il va falloir courir pour espérer s'envoler. Nico sera la premier à tenter;...  le vent baisse un peu, il me regarde et me dit "Allez ! Go". La voile monte rapidement, je le vois courir a une vitesse folle avant de quitter le sol .... ouf !

Je me retrouve alors seul au coeur de la montagne. L'enjeu de mon décollage est important et dans ma tête reviennent les images de la Dent du Géant il y a un an tout juste où le parapente m'avait évadé de la haute montagne a une heure tardive après une course avec mon ami Simon.

Tout va très vite, je cours à perdre haleine dans cette neige transformée avec sur le dos le poids d'un sac débordant de matos de montagne. J'ai l'impression de courir bien plus vite que j'en suis capable. Tout me passe par la tête pour gagner un peu plus de force dans cet élan vers l'envol et c'est avec une pensée pour Alexandra que mon aile m'évade du glacier.

Je retrouve Nico à l'atterrissage de Saas Fee ... Encore une bien belle journée chargée d'émotions !  Nous passons un rapide coup de fil au gardien que nous avons salué en vol .... "A l'année prochaine pour la Lentzspitze".

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Texte © Skyandsummit.com  :  Fabrice BRUN

Photos © Skyandsummit.com : Nico HELMBACHER - Fabrice BRUN

 

Merci aux partenaires du projet "Au delà des 4000" :