| Retour | Réalisé le 25 octobre 2005 |
Couleurs et vent d’automne aux
Grandes Jorasses
Au départ de Planpincieux la petite forêt de mélèze a revêtu ses habits dorés et, entre les branches ensoleillées, se développe l’arête de Peuterey qui resplendit de blancheur. La montée au refuge est une invitation à un superbe mariage de l’automne et de l’hiver.
Au refuge pas un chat. Tap, tap, tap … les souris du grenier sont ma seule compagnie. Seraient-ce elles qui, pour la première fois, m’ont conduit à trouver la solitude un peu oppressante ?
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Mélèzes sur le chemin |
Arête de Peuterey |
Noire de Peuterey |
Refuge Boccalatte |
Je pars à 5h 30, j’avais fait la veille la trace jusqu’au glacier. Très vite beaucoup de neige mais les crevasses sont bien visibles. Passage délicat dans les séracs après les rochers du Reposoir, je préfère continuer tout droit en remontant la baie glaciaire puis un des éperons qui suit. La seule difficulté vient des rochers très enneigés qu’il faut parfois dégager pour atteindre les prises. J’arrive ainsi presque exactement au sommet de la pointe Croz.
Les conditions ne me permettent pas de continuer vers la pointe Hélène. Je renonce à ce clin d’œil à autre Hélène, jeune collègue récemment nommée, qui a contribué à apporter un vent de fraîcheur et de spontanéité dans l’équipe plutôt grisonnante des professeurs de l’établissement. Elle m’a aussi fait réfléchir à un autre vent, par le biais d’une étrange pièce de Fernando Arrabal, donnée pour moitié en français et pour moitié en espagnol, par une troupe amateur où jouent certains de ses amis. Fando et Lis ne parviennent pas à s’aimer, ils croisent trois curieux personnages, tous cherchent à rejoindre Tar qui doit être la cité du bonheur. Les trois bizarres compères se disputent sans cesse. Mitaro pretende que lo esencial es saber donde viene el viento ; para Namur, por el contrario, hay que saber a donde va , y Toso quiere simplemente dormir.
La pièce est tellement énigmatique qu’on peut aisément y trouver ses propres interrogations. Je ne veux pas départager pas Mitaro et Namur, qu’il vienne ou qu’il aille, le vent nous emporte, mais je ne comprends pas Toso. Au lieu de dormir qu’il gravisse les sommets pour rencontrer ce vent, pour le sentir lui fouetter la face ou le pousser de ses rafales, pour goûter la caresse de la douce brise du sud ou pour résister aux morsures de la bise du nord !
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En reprenant les crêtes ventées des Jorasses j’ai réalisé que le vent des sommets montre un des chemins pour Tar. Merci, Hélène ! On y trouve aussi beaucoup de neige et il faut se méfier des corniches. Dans les derniers mètres en pente douce qui conduisent à la pointe Walker, j’enfonçais parfois jusqu’à la taille.Le vent me chasse vite du sommet où le regard porte jusqu’à l’Himalaya et jusqu’à Daniel Stolzenberg que j’avais rencontré dans la face est du Grépon il y a quelques années. |
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J’ai choisi de descendre par le couloir qui borde à l’est les rochers Wymper en bordant l’impressionnant mur de séracs. Bon choix, c’est raide mais en bonnes conditions, en grande partie en neige dure avec quelques passages en glace. Il ne faut pas descendre jusqu’en bas mais rejoindre par une petite traversée à droite le bas des rochers Wymper et les rappels du couloir qui rejoint le glacier. On trouve alors une zone assez chaotique demandant un numéro de glaciériste imprévu, surtout avec un seul piolet. Traversée très raide en glace vive, passage d’un pont douteux où je me suis auto-assuré sur broche et, pour finir, remontée verticale de 4 mètres qui permet de rejoindre les pentes uniformes du glacier. Surtout rester calme ! |
Deuxième nuit au refuge, je n’ai même pas entendu les souris !
Cette course était dans mon esprit une préparation pour une autre plus sérieuse qui, vu les conditions, devra attendre. Comme le chante ma femme avec sa chorale : « Hiver vous n’êtes qu’un vilain ! »
Texte et photos : Jean-Pierre DAROU ©Skyandsummit.com
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