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  Réalisé le 11 novembre 2007

Le Marteau

...descente express

 

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Un ... Deux ...

Et Trois. Je place prudemment mes pieds en simulant en marche arrière les trois pas que j'ai choisi. Je ferme les yeux et mémorise les mouvements, une dernière fois. Un caillou à gauche, une motte d'herbe à droite, et un morceau du rocher, plat, engageant, qui marque la limite. Je visualise la dernière étape du parcours méticuleusement préparé qui m'a amené en ce samedi après midi aux confins de la réalité; là où la terre s'ouvre, où des centaines de milliers d'années d'activité tectonique ont brisé le paysage. Les verts pâturages se stoppent net le long de cette ligne tant rêvée, pour réapparaître quelques centaines de mètres plus bas, après le pierrier marquant la fin de l'exacte verticale ramenant à la normalité.

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Alex et Hélène m'accompagnent aujourd'hui avec d'autres engins volants. Leur présence me rassure pour mon premier saut de falaise. Je sais que je peux compter sur eux, tout en évitant les jugements et plaisanteries morbides de dernière minute. Trois atterrissages potentiels sont possibles, en fonction de l'altitude qu'il restera après ouverture et du plané de la vieille Mojo plaquée contre mon dos, pliée la veille dans les règles de l'art. Il ne faudra pas traîner, nous sommes dans une réserve naturelle et le vol à moins de 300 mètres/sol est absolument interdit.

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Des grimpeurs sortis d'une longue voie un peu plus loin redescendent à pied. Je les laisse disparaître en direction du dérochoir et cherche de la main le coin de mon sac harnais. Le 42 est bien en place, je sens sa protubérance dépasser, prête à être empoignée lorsque viendra le moment de faire redémarrer le temps.

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Je m'élance, les yeux à l'horizon. Le majestueux massif du Mont-Blanc me fait face au dessus d'une vallée dont les vives couleurs automnales planent sur la brume qui marque le début de la saison froide. Deux, la motte d'herbe, Trois, le sommet de la paroi. Mon pied gauche est à la limite du contact avec le sol, et tout s'arrête. La dilatation du temps commence à s'établir, exacerbant tous les sens. Lentement, mon corps se libère des contraintes gravitationnelles. Le décor est féérique et l'instant irréel. Je baisse le regard et apprécie le départ, idéalement horizontal, parfaitement stable.

Le bruit du vent commence à prendre le dessus sur le cris des choucas en contrebas. La paroi granitique gris-jaune s'éloigne doucement entre mes pieds, et commence à défiler. L'effet visuel est indescriptible. Ces 4 secondes semblant éternelles emplissent mon esprit d'images et de sensations. Elles resteront les plus intenses et les plus longues que j'aie jamais vécues.

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L'énorme toit arrive à ma hauteur, puis me dépasse. Il présente environ 40 mètres de dévers, m'éloignant immédiatement de la paroi à une distance suffisante pour déployer ma voile avec des marges de sécurité optimales. Je pose la main sur l'extracteur, et le propulse dans le vent relatif. Encore un peu d'éternité, et je sens la voile sortir de son sac. L'ouverture me réveille en me comprimant les vertèbres, je vois le glisseur descendre et corrige instinctivement la légère orientation vers la gauche d'un coup d'élévateur.

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Le soleil de fin d'après midi rend le survol de la réserve agréablement doux, et seuls mes doigts perçoivent la fraicheur de l'air ambiant. Le plané est meilleur que prévu, je vais pouvoir rejoindre l'atterrissage le plus distant sans problèmes. Des pâturages défilent, puis la forêt. La petite clairière s'approche et au dernier instant l'herbe semble briller comme un miroir. Dans l'eau marécageuse jusqu'à mi mollet, je cours tant bien que mal encore quelques mètres pour ranger ma voile en vrac sur l'herbe sèche; puis m'évanouis dans la forêt le sourire aux lèvres, en direction du point de rendez vous fixé avec Alex. Quelques minutes plus tard, il apparaît dans le ciel, attaquant la face rocheuse en minivoile. Il se pose discrètement un peu plus haut avant de redevenir un sage randonneur parfaitement méconnaissable.

Nous partons en direction du fond de vallée pour rejoindre Hélène qui a profité de son parapente pour s'enfuir discrètement au loin avant de réapparaître en plein ciel au dessus de Passy. C'est au café du coin que nous la retrouverons pour partager nos souvenirs verticaux...



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"Leave only footprints, take only memories"



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