Retour Week-end du 12 et 13 mai 2007

 

Vent et brouillard au

 Combin de la Tsessette (4141m)

(Texte et mise en page de Nico HELMBACHER)

 

 

Météo annoncée pour le week-end :
- 60 à 80 km/h de vent à 4000,
- Beau avec des nuages accrochant les sommets,
- Risques d'orages dimanche après-midi,
- Quelques centimètres de neige fraîche en altitude...

 

 

...On prend les mêmes et on recommence...

15 jours après une première visite du côté du massif du Grand Combin, nous décidons de retourner tenter le troisième sommet que nous avions dû laisser, en raison d'un vent beaucoup trop violent pour nous permettre de sortir les voiles et du coup faute de temps pour le faire en aller-retour. Cette fois-ci, c'est à skis et par le refuge de Panossière que nous projetons la virée du week-end.


Samedi 12 mai.

Départ à pied de Fionnay. Environ 700m à porter les skis sur le sac et nous pouvons chausser, avec quelques beaux sommets blancs autour de nous, dont notamment le Grand Combin en toile de fond, qui se charge d'accrocher par moments quelques nuages de passage, comme pour rappeler que c'est lui le point culminant du massif...

Puis c'est l'arrivée au refuge... Une “cabane”, comme il est coutume de dire en Suisse, qui nous réservera bien des surprises par son confort, sa propreté, son calme (Bon en même temps nous n'étions que 12 ce soir là !), mais surtout, la qualité de l'accueil, la gentillesse et la serviabilité des gardiens, Jeanne et Maxime, les hôtes des lieux !

Les skis sont à peine déchaussés que Maxime vient nous saluer d'une bonne poignée de main, comme il le fait avec tous ses visiteurs. Une rapide présentation et visite du refuge, puis nous passont cette fin d'après-midi à buller, à prendre des photos et à observer l'itinéraire du lendemain qui est parfaitement visible d'ici.

Et ce, jusqu'à...

...L'heure du repas !!

Ah v'la un moment qui était carrément exceptionnel dans cette cabane cinq étoiles ! Un vrai festin, du rabe à volonté et à tous les plats, sauf pour le dessert et le digeot, mais bon de toute façon j'étais tellement gavé, qu'une bouchée de plus et je reposais tout pour refaire le casse-croûte du lendemain midi !!

Donc...

L'orgie commence par une triple ration d'un potage dont je ne peux que vanter les saveurs et les biens-faits sur mon organisme qui est plutôt habitué à absorber la classique plâtrée de pâtes/lardons/crème fraîche, énergétique certes, mais pas trop diététique !

Puis petite salade de carottes, pas du jardin, faut quand même pas pousser vu la caillante dehors à cette époque.

Et la suite... pâtes, d'accord, il faut bien des sucres lents... Mais alors la petite sauce aux champignons et surtout l'énorme morceau de viande pour les accompagner... je ne vous dis que ça : “Promis, on reviendra !” Limite qu'on aurait pu choisir la cuisson !!!

Et le dessert, salade de fruits... On s'est dit, pfiuuu trop facile, trop classique... Oulala !!! A la première cuillérée, on l'a tout de suite vue d'un autre œil, ou plutôt, les yeux ont commencé à tourner différemment... les fruits, ce n'est pas “que” dans leur jus qu'ils baignaient !! Mais ils étaient copieusement arrosés d'une bonne dose de gnole en quantité suffisante pour garantir une désinfection rapide et complète d'éventuels aphtes rebels...

Et comme si cela ne suffisait pas, la substance dans le petit vert dédié, bin vi c'est bien du Génépi !

Et quand j'ai demandé à Jeanne si c'était souvent la fête comme ça, elle me répondit, d'un naturel à la limite de l'étonnement, que oui, mais quand même avec une viande différente tous les soirs... Bin voyons... “Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu ?” Du coup, je lui proposais de venir poser mes valises ici pour quelques temps, même s'il fallait donner un coup de main à la vaisselle...

Quelques photos avec le coucher de soleil
et il est l'heure d'aller se reposer
...et digérer,
en vue de la longue journée du lendemain...

Dimanche 13 mai,

Bon mais ce n'est pas tout, c'est qu'on a du boulot aujourd'hui.

3h du mat', réveil, une oreille attentive... “Oh Fab, pas un pet de vent, on aurait du prendre les voiles !” Un grognement, quoi, j'ai dit une connerie ?

Le glacier est long à remonter, mais l'effort est progressif et l'arrivée au “Plateau du Déjeuner” avec les premières lueurs du soleil est un grand spectacle, surtout avec les couleurs que prennent les séracs, les premiers petits nuages et gerbes de neige qui se forment, poussés par le foehn annoncé qui commence effectivement déjà à se manifester.

La question se pose maintenant sur le choix de l'itinéraire :

- Poursuivre en direction du Grand Combin de Grafeneire par le couloir du Gardien, puis redescendre par la pente en glace du mur de la Côte, pour rejoindre le sommet, plus bas que les autres,
- Ou emprunter la longue rampe du Corridor, qui, bien que plus directe, reste exposée aux séracs un bon moment, mais évite le mur de la Côte.

Nous optons rapidement pour la deuxième solution plus rapide, étant donné que les conditions météorologiques sont censés se dégrader rapidement dans la journée. D'autant plus que, bien que les séracs soient vraiment impressionnants par leur taille, les pentes de neige à remonter ne paraissent pas être bombardées de morceaux de glace, ce qui serait effectivement le signe d'une fragilité préoccupante pour ces murs de glace.

Grignotage rapide d'un morceau, on fixe les couteaux sur les skis, et il faut allonger le pas pour ne pas s'attarder dans le secteur.

 

 

Mais rapidement la course prend une autre tournure, un épais brouillard commence à nous envelopper, et le renforcement du vent nous fait un instant douter sur l'aspect sécuritaire de la progression dans ce milieu “hostile”, avec tous ces séracs et crevasses qui nous entourent...

D'autant plus que nous arrivons au bout de cette rampe de neige qui bute sur des murs de glace qui, avec la visibilité vraiment réduite à quelques mètres, nous paraissent verticaux et relativement imposants. Les apparences sont vraiment trompeuses et faussées dans le brouillard, du coup même les pentes de neige qui semblent les contourner ne paraissent pas engageantes !

Nous sommes à 200m sous le sommet, mais le doute s'installe vraiment. Et après quelques minutes de discussion et de négociation avec Fab, je me résigne pourtant à accepter l'idée de faire demi-tour si près du but... J'essaie bien d'avancer quelques arguments du style : “Le brouillard ne paraît vraiment pas épais, le soleil a presque envie de percer par moments !”, ou encore “Je suis sûr qu'on va commencer la descente et tout va se dégager, ce ne serait pas la première fois...”. Mais surtout, étant donné que le brouillard est un élément qui peut surprendre à tout moment en montagne, j'étais plutôt dans l'idée de prendre cette situation comme un exercice pour travailler notre sens de l'orientation dans ces conditions.

Mais aucun signe d'évolution de la météo, nous finirons par retirer les peaux, sortir la corde pour sécuriser la progression dans le brouillard, puis c'est le début de la descente.

Mais d'un seul coup, comme pour donner un peu de crédibilité à tous mes propos, le brouillard s'est complètement dégagé, comme sur un claquement de doigt, le temps de nous laisser apprécier la suite de l'itinéraire, puis tout s'est immédiatement refermé...

Immédiatement l'espoir de quand même pouvoir atteindre le sommet renaît. Nous remettons les peaux et reprenons la direction du sommet. L'ambiance est étrange avec ces bourrasques de vent, ces formes que dessinent les nuages et l'attente qu'à tout instant tout va se déchirer pour nous laisser apparaître le sommet dans toute sa splendeur avec ces somptueuses couleurs de soleil filtrées par la nébulosité du jour.

Une demie-heure plus tard, nous arrivons au sommet en plein brouillard et il faut le dire, un peu au feeling, en suivant des lignes de pentes peu marquées et grâce à une très courte éclaircie qui nous a permis de corriger notre direction.

L'arrivée au sommet est toujours une satisfaction et dans ces conditions, ce nouveau “4000” nous aura donné un peu de fil à retordre. Nous avons un peu le temps de nous attarder ici, l'appareil photo en main pour espérer tirer quelques beaux clichés de cette montagne tourmentée...

Le début de la descente se fera encore au radar, avec une courte éclaircie qui nous aidera, puis progressivement nous sommes passés sous le plafond nuageux. Nous nous laisserons glisser tranquillement jusqu'au refuge.

Finalement le choix de l'itinéraire était le bon, les impressionnants séracs n'auront pas joué les trouble-fête. Maxime nous apprendra d'ailleurs que, depuis bientôt 100 ans que sont répertoriés les accidents dûs aux séracs sur cet itinéraire, il n'y en aura eu “que” 3 notables...

A l'arrivée au refuge, tout le massif du Grand Combin
était encore bien pris dans les nuages
et le drapeau Suisse claquait au vent,
comme pour bien nous rassurer sur le fait que les voiles
seraient bien restées au fond du sac...

Merci Fab d'avoir bien voulu me faire confiance pour poursuivre notre route jusqu'au sommet.
Je le sentais si proche et accessible et les conditions pas si insurmontables que ça.

Un grand merci aussi aux gardiens pour la grande qualité de leur accueil,
une cabane qui devrait être un exemple pour bien d'autres...


 

 

Le massif du Grand Combin avec l'itinéraire du Corridor :


La vidéo du jour pour s'immerger encore un peu mieux dans l'ambiance :

 
 

 

Texte © Skyandsummit.com  :  Nico HELMBACHER

Photos © Skyandsummit.com : Nico HELMBACHER - Fabrice BRUN

 

Merci aux partenaires du projet "Au delà des 4000" :